10.06.2010
Le Lynx... Conférence et Projection
Nature Alain Laurent, l’homme qui a vu le lynx des Vosges
Le lynx se sent pas en danger dans la proximité de l’homme. Souvent même, la curiosité le pousse à venir vous voir de près. Photo Alain Laurent
« Pour espérer l’approcher, il faut apprendre à penser comme lui. » Depuis 20 ans, Alain Laurent vit avec le lynx de retour dans les Vosges une aventure singulière, qu’il raconte et illustre dans un livre-document.
La nature, pour ceux qu’elle prend aux tripes, comme Alain Laurent, accompagnateur en montagne de 48 ans et coanimateur du Réseau Lynx, ne supporte pas les demi-mesures ou, pire, les fréquentations du dimanche. Des nuits de veille à l’affût, de l’apprentissage de la solitude comme de la quête des « sons du silence », l’auteur de Sur la piste du lynx, que publie le naturaliste Jean Barbery, directeur des éditions Saint-Brice à Illfurth (Haut-Rhin), en est imprégné, autant que le « félin roi » dont il partage, en toute sauvage indépendance, l’intimité.
« Le lynx, dit-il, est un animal déconcertant, qui a ceci de curieux qu’il porte sur son pelage sa carte d’identité. Il ne se sent pas en danger dans la proximité de l’homme. Souvent même, la curiosité le pousse à venir vous voir de près. »
En des milliers d’heures de pistage, depuis que, en août 1990, il a vu son premier lynx chez lui, à Geishouse, dans le Haut-Rhin, village des hauteurs enveloppé dans la végétation, André Laurent a réuni une somme considérable d’indices, dont des centaines de photos, et créé sa propre méthode — les « pièges à poils » — pour identifier la présence du félin. Aller au contact des éléments, des habitants de la forêt et pas que du lynx, est devenu un « besoin vital » pour ce solitaire, accompagné de Baya, sa chienne labrador de trois ans, avec qui il a appris, à force, « à penser lynx ».
« Il y a des nuits où on regrette d’être sorti. C’était le cas de printemps, sur une zone charnière au nord du Doubs, dans la tempête. Et soudain, le lynx a surgi. Il est passé à trois mètres en criant devant moi. Une des plus belles observations que j’ai jamais faites… »
«Si vous ne l’avez pas vu, lui, en revanche, vous a repéré
En 20 ans, André Laurent a établi que le lynx est une espèce « difficile à repérer sur le terrain, même les empreintes en hiver », mais « une fois que vous l’avez trouvé, il est facile à observer ». D’où ces clichés d’accouplement, pris dans un état semi-léthargique un lundi de Pâques glacial. Autant de documents estampillés Vosges et pleine nature, rien à voir avec un parc de Bavière où se rendent souvent les chasseurs d’images.
Avec des territoires qui couvrent jusqu’à 400 km² par individu, les lynx vosgiens ne forment encore qu’ « un petit noyau » basé dans les Hautes-Vosges, qui a payé plus qu’à son tour son tribut à la sauvagerie humaine. S’ils « s’accrochent », leur avenir reste incertain.
Beaucoup de naturalistes sans doute envient la chance d’Alain Laurent. Il les rassure : « Si vous ne l’avez pas vu, lui, en revanche, vous a repéré ». Œil de lynx…
LIRE «Sur la piste du lynx», par Alain Laurent, 168 pages, 29 €, éd. Saint-Brice ; site internet : www.editions-st-brice.fr ; tél. 06.30.80.43.50.
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